Sophie est repartie hier, le temps n'a pas vraiment été de la partie pour elle. Elle arrivait de Paris où l'été semble déjà installé pour trouver la pluie, la pluie et encore la pluie. Deux jours à Buenos Aires où nous avons essentiellement profité de la chaleur des parrillas pour goûter au vin mendozino, faute de pouvoir mettre le nez dehors. La région de Misiones fut un peu plus clémente au début : aprés une nuit de car, nous sommes arrivées lundi à Posadas sous le soleil. Le vert des collines, des bambous, des plantations de papaye, de manioc et de yerba mate contraste étonnement sous le soleil avec une terre rouge qui vole et s'incruste partout. La reducción de San Ignacio Mini, la mission jésuite la mieux restaurée de la région, qui en compta plus de 30 réparties sur le Paraguay, l'Argentine et le Brésil, fut construite en 1696 sur son site actuelle, et partiellement détruite lorsque les Jésuites se soumirent en 1768 à l'ordre d'expulsion du roi d'Espagne Carlos III. On y voit d'étranges guapoys (ou figuiers étrangleurs), plantes épiphytes qui poussent et s'enroulent sur un arbre jusqu'à l'asphyxier, et des cactus centenaires gigantesques. Nous avons poursuivi notre route jusqu'à Foz do Iguaçu, au Brésil, après un passage de frontière particulièrement léger. Les guides (et les autorités douanières) semblent avoir du mal à se mettre d'accord sur la nature des formalités à accomplir pour les résidents frontaliers ou les touristes qui souhaitent voir les chutes des deux côtés du Paraná, et il en résulte un joyeux j'menfoutisme, du côté brésilien tout du moins. Le chauffeur de bus semble perplexe à l'idée que nous souhaitions faire tamponner notre passeport à la sortie d'Argentine, mais nous largue bien volontiers au poste frontière et nous dit d'attendre le bus suivant. Nous nous rendons vite compte que seuls les gringos prennent la peine d'être en règle, et quand nous repassons la frontière dans l'autre sens le lendemain pour aller voir les chutes côté argentin, j'évite soigneusement de valider ma sortie du territoire brésilien afin de ne pas avoir à signaler mon retour le soir même... Infrastructure touristique impressionnante d'un côté comme de l'autre autour des cataratas, Argentins et Brésiliens ont fait les choses en grand, à l'échelle de ces milliers de m3 d'eau qui se jettent sur 2500m d'une furie bouillonnante en escaliers de plus de 80m de hauteur. Selon la légende guarani, les chutes furent créées par le dieu-serpent du fleuve, furieux de l'enlèvement par le jeune guerrier Caroba de Naipur, une jeune fille qui devait lui être sacrifiée. Fou de rage, il plongea dans les entrailles de la rivière et en fit tomber le lit devant les amoureux, formant ainsi des chutes abruptes. Naipur tomba et se tranforma en rocher à la base des chutes, et Caroba se changea en arbre dressé près de sa dulcinée. Sinon on peut aussi croire à la version du plateau basaltique qui s'arrête brusquement à la confluence des fleuves Iguaçu et Paraná, là où prit fin autrefois le flot de lave. Je continue demain ma route vers le Mato Grosso do Sul pour rejoindre Campo Grande puis le Pantanal. |