Que faire quand le ciel est infiniment gris et pleure toutes les larmes du Pacifique ? Chiloé, 300 jours de pluie par an (on ne dirait pas comme ça sur les photos, mais c'est juste la chance du photographe amateur). Je n'y croyais pas, veni, vidi, et pour le vici j'ai trouvé la solution: m'attabler et manger ! Sur les conseils de Luis, le Chilien le plus célèbre du Mans, je suis allée chez Don Octavio, sur le port de Castro, pour tester le chupe de loco (sorte de ragoût d'un fruit de mer du coin dont la pêche serait paraît-il interdite mais qu'on voit au menu de presque tous les retos) et le curanto (spécialité locale à base de coquillages, de viandes fumées et de pommes de terre), le tout accompagné d'un petit blanc gouleillant. J'ai aussi testé le cancato chez El Sancho, les huîtres en pagaille sur le front de mer à Curaco de Velez, les palourdes a la parmesana à Chonchi, le ceviche à Ancud, j'en passe et des meilleures... De toute façon c'est bien connu, les fruits de mer ne font pas grossir, c'est la mayo qui va avec. Tout cela entre deux visites d'églises, puisque l'archipel en compte pas moins de 150, dont 16 sont inscrites au Patrimoine de l'Humanité de l'UNESCO. Les plus anciennes datent du milieu du XVIIIème siècle, et elles sont toutes construites selon la tradition de l'"Ecole de Chiloé", par assemblage de grandes pièces de bois, sans aucun clou ou autre pièce métallique. Un travail d'ébénisterie très impressionnant. Chiloé est un terre à part au Chili. L'île principale, de 180 km sur 50, est bordée à l'est, dans le canal qui la sépare du continent, par une multitude d'îlots plus ou moins grands, produits de la techtonique des plaques qui a fragmenté à l'ère glaciaire cette zone de fjords océaniques. L'archipel vit au rythme des marées, à peine touché par l'effervescence latino. Terre de traditions, où la mer et la terre ont une même importance, fournissant à l'Homme ses seules sources de revenus. Terre de culture(s), forgée(s) par la rencontre rude entre les colons espagnols - qui firent le l'archipel le pont avancé de la conquête du grand sud patagonien - et les Huilliche, dont les croyances sont encore bien ancrées dans un syncrétisme de circonstance avec le christianisme jésuite. Terre de légendes, à la mythologie peuplée d'êtres étranges, dont mon préféré est sans conteste le trauco, un nain d'environ 90 cm, aux traits grossiers et difformes, et qui s'amuse en forêt à jouer les satyres en poursuivant des jeunes femmes qu'il engrosse dans leurs rêves, avec le consentement bien sûr desdites jeunes femmes qui, malgré son aspect repoussant, le trouvent irrésistible et tentent même de le rejoindre dans la forêt. Ça peut en laisser certains songeurs quant aux qualités dont un homme doit faire preuve pour séduire : quand on vous dit qu'il n'y a pas que le physique qui compte... Il pleut encore dehors. |